Biographie

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La voix d’un ange

Moshé Brand voit le jour dans la nuit du 1er au 2 Février 1947. C’ est un beau bébé de 4.5 kg aux yeux bleus. Sa mère Bronia Rosenberg, d’origine juive polonaise, rescapée d’Auschwitz ainsi que son père Fishel Brand engagé dans l’armée russe comme maquisard polonais, se rencontrent à la fin de la guerre sur un quai de gare de Poking en Bavière. C’est le coup de foudre; première lueur d’espoir pour ces deux survivants de l’ Holocauste en route vers la libération.
Les jeunes mariés embarquent de Marseille sur un bateau (semblable à l’Exodus) en direction de la Palestine. C’est l’ Aliyah. Bronia réalise alors qu’elle est enceinte de 3 mois.
Les conditions d’hygiène et de promiscuité sur le cargo sont difficiles. Ils se voient refuser l’entrée en Terre Promise par les Anglais et sont contraints de débarquer à Famagouste
(Chypre) dans un camps de réfugiés.
Le 29 novembre 1947, l’ ONU vote le partage de la Palestine .Moshé a 9 mois.

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La famille Brand arrive au port de Haïfa et s’ installe dans le futur Etat qui deviendra Israël en

mai 1948, pour une nouvelle vie, modeste mais enfin libre et remplie d’espoirs.

Bronia s’inquiète car son  petit garçon est muet, il ne parle toujours pas et est atteint

d’ aphasie. Il a presque 4 ans lorsqu’il crie enfin son premier mot: « glace » en apercevant le livreur de pains de glace dans la rue (à l’époque de gros cubes de glaces faisaient office de réfrigérateur). A partir de ce jour, Moshé sortira de son silence et se rattrapera en ne cessant  non seulement de parler, mais de chanter, tout le monde est rassuré !

Vers l’âge de 8 ans, il intègre comme soliste, la chorale de filles de son école Carméli, à Haïfa, puis vers 11 ans travaille sa voix dans une synagogue, mais il préfère la variété au lyrique et commence rapidement à se faire remarquer dans les fêtes et les mariages.

Moshé a un parcours d‘adolescent insouciant, joyeux  et ne pense qu’à chanter. Il fait le pitre en classe et avec ses imitations  de cris d’ oiseaux, il amuse tout le monde sauf ses professeurs. Il se fait renvoyer de l’école. Ses parents l’envoient alors dans le  kibboutz Gesher situé dans la vallée du Jourdain.(Kibboutz : lieu de vie et de travail en collectivité typique en Israël).

A nouveau, il s’intéresse plus à chanter et à faire rire ses camarades. Son père Fishel ne tarde pas à recevoir un appel lui demandant de venir rechercher son « clown » le plus rapidement possible !

Nous sommes en 1960, Moshé peut reprendre les études car il a 13 ans. Il termine son apprentissage et  s’exerce à des petits métiers, comme par exemple, gardien de musée, réparateur de réfrigérateurs…Mais seuls ses cours de théâtre ainsi que ses tours de chants le captivent et font part de sérieux chez lui.(Entre 14 et 16 ans  il s’ inscrit aux cours d’art dramatique du théâtre de la ville, « le Beit Rothschild ». Il est fasciné quand il joue dans des pièces telles qu’Antigone, Peter Pan etc.). Lorsque ses parents s’inquiètent pour son avenir, il s’exclame haut et fort « Je serai vedette ou clochard »!

Une nuit, avec sa bande de copains, il réveille les gens du  quartier en chantant à pleine voix, juché sur le capot des voitures, déclenchant une guerre entre les voisins d’une fenêtre à

l’ autre : ceux qui crient à Mike de les laisser dormir et ceux qui rétorquent « Vous êtes fous, laissez le chanter, c’est le nouveau Caruso » !!

A 16 ans il est hospitalisé d’urgence pour un grave ulcère à l’estomac. Les cochers de la ville se mobilisent pour offrir leur sang, denrée rare et très coûteuse à l époque, pour sauver la vie de l’ adolescent.

Des années plus tard, lorsque sa mère s’exclamera à la fin d un concert « Mike, tu es magnifique, on dirait un prince, tu as du sang bleu dans les veines », sensible

il répondra « Maman, n’oublie pas que j’ai du sang de cocher dans les veines ».

1962, son frère cadet, Zvi  est accordéoniste dans un petit groupe d’amis musiciens de son école. Il trouve que l’accordéon se marie mal avec le piano et propose à Mike de les rejoindre  et d’intégrer sa voix en remplacement de l’instrument. Le premier groupe de Mike se forme, les «SKY-MASTER».( Plus tard deviendra les «  Chocolates »).

Lors d’une répétition, un voisin ayant des relations frappe à la porte et leur propose de les faire chanter dans un grand hôtel  pour la saint Sylvestre. Premier concert.

On commence à parler de ce jeune chanteur à la voix extraordinaire..

Vue sur la mer, nous sommes en 63Mike est heureux, il chante avec son groupe dans le réputé night-club de l’hôtel Dan Carmel à Haïfa : le Rondo. Du haut de ses 16 ans, il enchante avec ses titres préférés, période des hits américains et du festival de San Remo.

Premier public, les chansons sont romantiques et l’ambiance est festive.

Mike continue son parcours de jeune chanteur et obtient des contrats dans des hôtels et  cabarets prestigieux. En 65 il part de Haïfa pour se produire à l’hôtel Hilton de Tel Aviv puis au Sheraton .

Mais en 68, à l’heure où il commence avec succès à faire ses premiers pas de professionnel, son père Fishel s’éteint, Mike arrive trop tard. Il n’ a que 21 ans..

Il le vit très mal, s’enferme dans un silence et un refus de tout. En sa mémoire, il remonte malgré tout sur scène et chante comme à son habitude, la chanson en yiddish préférée de son père, la voix et les yeux remplis de larmes…

Ce soir là, le public pleurera et partagera sa douleur avec Mike, sans savoir pourquoi, ému par tant de tristesse…

En décembre, au Hilton, Mike rencontre Jonathan Karmon, directeur et chorégraphe d’une troupe folklorique; Le Grand Music Hall d’ Israël, qui lui propose d’intégrer le groupe pour une tournée internationale d’un an ( Usa, Afrique du Sud…)

Mike devient «  Mikaël Sella » et apprend le métier et la scène en chantant les tubes de ses crooners préférés, Elvis Presley, Frank Sinatra, Tom Jones, les Platters etc..

Il fait des imitations de Jerry Lewis, Ray Charles, les spectateurs sont conquis.

Février 69, Il rentre en Israël. Il chante au Dan Hôtel de Tel-Aviv et y rencontre le patron d’un célèbre hôtel de Téhéran qui l’engage dans son night-club : Le Baccara.

Mike obtient un tel succès que le Shah d’Iran l’invite à venir chanter pour lui.

Un soir de mai 69, Sylvie Vartan et Carlos (son secrétaire de l’époque)

se trouvent dans la salle pendant la représentation de Mike qui, charmés par son talent

lui proposent de venir à Paris, afin de le présenter à des producteurs Français pour qu’il puisse tenter sa chance.

Eté 69, Mike termine ses engagements et part pour Paris, mais ne parvient pas à joindre Sylvie. Seul, après quelques jours d’errance, il s’apprête à repartir, mais dans un ultime appel

téléphonique passé de l’aéroport, avec ses 5 derniers dollars en poche, il arrive à joindre Carlos qui l’ héberge et le présente à Jean Renard (compositeur et parolier du titre « Que je t’aime » pour Johnny Hallyday entre autres.)

Fasciné par la facilité et la puissance vocale des première notes de Mike, lors de son audition au piano sur Summertime(Gershwin), par la pureté et la gentillesse de ce jeune talent, il le présente à son éditeur Gérard Tournier. L’équipe est créée et signe leur nouveau poulain chez CBS. Il enregistre son premier single en phonétique puisqu’ à cette époque Mike ne parle qu’Hébreu et Anglais. Le petit Moshé de Haïfa (à l’idée de Jean Renard) devient Mike BRANT et obtient son premier succès et standing ovation en interprétant «  Laisse-moi t’aimer »  face à un  public de professionnels fortement impressionné, au Midem de Cannes le 21  janvier 70.

Monique Lemarcis, programmatrice à RTL  croit en ce nouveau talent et diffuse la première, le titre sur les ondes, le standard explose : c’est le début du succès médiatique.

La popularité naissante et explosive surprend Mike et le comble. En quelques mois, les télévisions, les interviews, les couvertures de magazines s’enchaînent, Mike fait la une.

Nous sommes au début des années 70, il a 23 ans, c’est la vie de star .

On découvre le charme physique et vocal de ce jeune israélien qui chante avec un nouvel accent. La vente de son album le propulse au sommet des hits parades avec un million deux cent mille exemplaires vendus. Son bonheur d’être sur scène lui prodigue un charisme irrésistible, la foule est en délire et les fans se font de plus en plus nombreux.

23 novembre 71, à l‘encontre de l’ avis de Jean Renard , Mike a besoin de liberté, se sent prêt et fait la première partie en tant que « vedette anglaise » du concert de son amie Dalida, à l’Olympia. Rupture de contrat et de collaboration entre les deux hommes. Les médias ne sont pas tendres avec Mike, son physique, sa silhouette longiligne (quasiment 1m90), sa timidité due à la barrière de la langue et à sa modestie sont  parfois interprétés comme étant de la prétention et donc, mal compris .

71 : Mike va se ressourcer auprès des siens. Malgré l’angoisse qu’il a de se produire pour la première fois dans son pays, depuis son fulgurant succès en France, il est accueilli triomphalement .

Mis en contact par Gérard Tournier, Charles Talar devient le nouveau producteur de Mike. Michel Jourdan (parolier de G.Bécaud, C.Aznavour, J.Iglesias etc…)

devient et restera fidèle complice de Mike et lui adapte en 72 les paroles du titre «  Che sara »: Qui saura.

Mike réalise son envie de création et compose « C’est ma prière » qui devient un tube, puis en 73 « Rien qu’une larme ».

Eté 73, grande tournée à travers la France et enchaînement avec plus de 200 galas, voir même jusqu’à trois tours de chants dans la même journée. Malgré l’amour qu’a Mike de la scène et de son public, il est physiquement et moralement épuisé : les concerts sont assiégés par la foule en délire, les fans se jettent sur lui et ne le laissent  pas chanter, c’est l’hystérie. Mike a peur, angoisse et est oppressé.

L’artiste est prisonnier de son image de chanteur à «  paillettes » alors qu’il désire simplement être reconnu pour son talent et sa voix.

Le 6 octobre se déclenche la guerre de Kippour en Israël. Mike, exempté d’armée à cause de

son opération de l’ulcère intervenue dans sa jeunesse, ressent le besoin de soutenir ses compatriotes en partant chanter sur le front et donner son sang  pour les soldats de son âge. Son frère cadet est soldat vers le Sinaï, Mike a également gardé une trace et une blessure

de la tragédie qu’a vécu sa mère pendant la guerre dans les camps de concentration.

Il rentre très affecté et fragilisé  face à l’ horreur de la réalité..

74, Mike arrive à échéance du contrat Talar-Tournier. L’ homme d’ affaires Simon Wajntrob propose à Mike de devenir son producteur. Il parle hébreu, leurs origines communes et le coté « paternel » et charismatique de cet homme ambitieux  menant une vie de luxe, rassurent Mike qui aspire au changement et à une nouvelle liberté. Il signe avec lui pour son label : WIP.

Un nouveau monde s’offre à Mike, mais il sature et déroute sa production : A bout de forces,

il annule sa tournée d’été et part se reposer.

Mais au retour, le rythme de travail reprend de plus belle, les journées d’enregistrements, de  plateaux télés, de radios, d’interviews sont harassantes.

Mike est tourmenté, la pression et la fatigue mettent sa sensibilité à fleur de peau.

Le «  battage médiatique » devient une machine infernale Il est  harcelé de toutes parts et

a du mal à avoir une vie privée stable. Il ressent le poids de la solitude et d’ une paranoïa parfois justifiée. On cambriole même son appartement. Il se renferme sur lui-même..

Sur les conseils de Johnny Hallyday, Mike part se reposer à Genève dans une clinique privée.

Au retour, à nouveau il est pris dans le tourbillon et les contraintes du show business, il réalise, déçu, les trahisons du métier et du star système.

Le  22 novembre 74, il fait une première tentative de suicide à Genève, il se défenestre du 5ème étage de l’ hôtel de la Paix à Genève. Retenu grâce au talon d’ une de ses bottes coincé dans la rambarde du balcon trois étages en dessous, il s’en sort malgré tout mais avec une jambe fracturée, plusieurs interventions chirurgicales, ainsi qu’une convalescence de plusieurs semaines à l’hôpital Cantonal de Genève. C’ est l’ incompréhension générale et les milliers de témoignages d’ amour de ses fans remplissent sa chambre d’ hôpital. Mike sans vraiment

d’ explications, promet de ne plus recommencer cette « bêtise »…

Forcé de respecter et de rentabiliser son contrat, Mike se remet au travail pas encore totalement rétabli physiquement et moralement.

Il rentre à Paris pour enregistrer à la  mi-avril 75 « Dis-lui » titre prometteur qui lui redonne confiance. Les projets à nouveau ne manquent pas, il signe même pour s’ installer les jours suivants dans un nouvel appartement à Neuilly. Il est également prévu qu’il recevra les clés d’un appartement récemment acquis à Tel-Aviv, le 25 avril…retour aux sources..

Dans la soirée du 23 avril, il jette au passage sa béquille dans la Seine, sa jambe va mieux et il a hâte de faire entendre le mixage de son nouvel enregistrement.

Un soir de printemps, il va dormir chez une amie, rue Erlanger à Paris…

Vers onze heures du matin, le 25 avril 1975, des oiseaux s’agitent dans le ciel : Mike vient de se défenestrer du  6ème étage. Il a 28 ans …

Une étoile rejoint les Cieux, une étoile qui illumine encore par sa voix et sa sensibilité nos cœurs plus de 30 ans après…

Yona Brant pour EMI MUSIC

Album “Mike BRANT Forever”

Mike Brant